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Avoir du flair, c'est important


Rédigé par Michael ALBO le 11 Juillet 2006



Avoir du flair, c'est important
Les aficionados de Business Objects auront reconnu dans le titre de cette tribune le slogan d’une des campagnes de publicité de l’éditeur décisionnel.
Malheureusement, ce vendredi, le leader mondial des solutions de Business Intelligence a fait disparaître le quart de sa capitalisation boursière en une seule séance parce qu’il n’a pas été capable d’anticiper l’évolution de son marché et de son activité. Cela fait en effet deux fois en quelques mois que Business Objects revoie à la baisse ses prévisions de ventes et de résultat et douche les attentes des analystes. Pour un éditeur qui propose à ses 30.000 clients des solutions de planification et de pilotage, cela fait désordre…
Au-delà de cette raillerie facile, il est nécessaire d’analyser plus profondément les raisons d’un tel effondrement financier.
Officiellement, John Schwarz, le CEO du groupe, explique cette contre-performance par des ventes de licences inférieures aux attentes et par un nombre moins élevé de signatures de grands contrats.
Pour les analystes financiers (Credit Suisse, Morgan Securities, …) qui suivent le titre, cela pourrait indiquer une arrivée à maturité du marché de la Business Intelligence plus rapide que prévu et, par conséquent, un ralentissement du marché.


Avoir du flair, c'est important
Pour ne rien arranger, les cycles de ventes s’allongent et les clients font preuve d’hésitation face à la consolidation du secteur et aux annonces de solutions décisionnelles « low-cost ». Il est vrai que le ticket d'entrée d’une solution décisionnelle n’a cessé de baisser du fait de la banalisation de l’offre BI et de la pression de nouveaux entrants qui révolutionnent la tarification des solutions :
- Microsoft, avec SQL Server 2005, propose une plateforme décisionnelle intégrant une base de données, un serveur OLAP, un outil d'intégration de données et une solution de reporting … le tout pour le prix d’une Logan,
- les acteurs Open Source proposent des briques décisionnelles gratuites (JasperIntelligence, Palo, Pentaho, ...) qui réduisent peu à peu leur écart avec les solutions commerciales et grignotent lentement des parts de marché.

Cette augmentation simultanée de la qualité et de l’ergonomie des solutions, couplée à une baisse du prix global des projets, balaie la mauvaise réputation des solutions décisionnelles (produits chers, mise en oeuvre longue, intégration complexe et onéreuse). En 2006, l’accès à l'information et à la prise de décision est définitivement accessible au plus grand nombre.

Maintenant que les outils sont disponibles, ergonomiques et abordables, une question me traverse l’esprit : pourquoi le marché de la BI n'explose t’il pas ?

Une partie de la réponse réside vraisemblablement dans le sondage en ligne réalisé fin Janvier 2006 dans Decideo (relire l’article « Le tableur reste l’outil de restitution privilégié du décisionnel »). Selon un utilisateur sur deux, le tableur reste l’outil décisionnel idéal. Il est vrai que, lorsqu'il faut unifier rapidement au sein d'un état financier des informations provenant de différentes sources de données de l'entreprise, tous les chemins mènent au tableur.
L’utilisateur de tableur le sait bien, il n’est pas nécessaire d’aller jusqu’au bout d’une analyse pour appréhender les premiers résultats ou confirmer une intuition. L’avantage du tableur réside dans sa grande flexibilité et le peu d’effort nécessaire pour produire rapidement des résultats significatifs. Peut-être par paresse intellectuelle ou par manque de temps, l' « homo œconomicus » ne cherche pas à atteindre une solution optimale, mais seulement un niveau d’efficacité satisfaisant... et pour cela le tableur ou d’autres outils décisionnels tactiques sont largement suffisants pour justifier sa décision.

Cette constatation, lourde de conséquence pour les éditeurs, se voit confirmée par l’étude ALG/Capgemini/IDC menée en mai 2006 et publiée début Juillet dans Decideo. Cette étude nous apprend que 80% des entreprises (de plus de 500 salariés) interrogées disposent encore d’outils inadaptés (tableur, développements internes, …) pour produire leur reporting et leurs tableaux de bord.
Là encore, l’omniprésence du tableur comme outil décisionnel met en lumière la rationalité très limitée des managers dont l'objectif opérationnel est de prendre des décisions aussi rapides qu’efficaces. Selon l’étude, le coupable est aussi à chercher du côté de la culture de l’entreprise qui reste l’obstacle principal à la mise en œuvre de solutions modernes de pilotage et de gestion de la performance.

Le modèle de partage de l’information, cher aux éditeurs, se heurte à l’organisation toujours hiérarchique de nos entreprises, où les informations s'échangent principalement en suivant la voie hiérarchique. Ainsi, les grands éditeurs BI incitent leurs clients à déployer des solutions (portails décisionnels, plateformes d’outils collaboratifs, systèmes de diffusion de l’information) incompatibles avec leur organisation et leur structure de pouvoir. Face à cet état de fait, il n’est pas étonnant que les projets décisionnels soient si difficiles à justifier économiquement. Comme pour le reste des investissements informatiques, la valeur retirée d’une solution décisionnelle n’est pas proportionnelle aux investissements consentis mais reste avant tout une valeur d’usage.
Loin des problèmes de qualité de données ou d’un manque de ressources, c’est la persistance du modèle hiérarchique, qui en centralisant les informations vers le sommet, favorise l’usage du tableur et constitue le frein principal à l'essor du décisionnel.
Alors qu’ils bâtissaient à grand frais et à coup de rachats des plateformes décisionnelles intégrées, les éditeurs ont largement surestimé la rationalité des décideurs et leur capacité à changer de modèle organisationnel.

Les déboires boursiers de Business Objects (-32% sur un an) et d’Hyperion (-36% sur un an), éditeurs phares de la Business Intelligence, vont peut-être les inciter à revoir leur copie, à stopper la surenchère technologique et à s’adapter aux usages parfois basiques de leurs clients. Pour ma part, je leur souhaite sincèrement de retrouver le flair marketing qui leur fait défaut et j’attends avec impatience vos commentaires.


Diplômé de l’Executive MBA de Paris-Dauphine et de l’UQAM-Montréal, Michael ALBO est directeur financier de la société Tir Groupé (industriel du chèque-cadeau - CA 2005 : 282 M€). Il était précédemment en charge de l’offre « Décisionnel Financier » au sein de la division « Banque & Finance » de la SSII Steria. Michael ALBO est membre du groupe de travail AFAI « Valeur du système d’information ».




Commentaires

1.Posté par Alain Fernandez le 13/07/2006 12:38
Tres bon analyse, Il y a effectivement un immense fossée entre les ambitions de la BI ( "Faciliter la décision pour tous") et les structures organisationnelles toujours plus verticales. On pourrait aussi établir le même type constat pour la plupart des solutions technologiques fondées sur la responsabilisation et le partage de l'information.

2.Posté par Remi S. le 20/07/2006 15:27
Pour ma part, je crois que Cognos a pris une avance technologique considerable avec Cognos 8 versus ses concurents. Tout ses outils sont integres dans une platforme Web et le tout vraiment facile a deployer.

3.Posté par David C le 26/07/2006 23:14
En fait, les outils et les démarches qui les entourent sont soit insuffisantes (elles n'integrent pas l'impact de la décision prise), soit trop appronfondies (elles sont trop couteuses par rapport à une simple revue de données). C'est à la fois une question de positionnement et de capacité à convaincre les clients d'aller plus loin.
Les vendeurs d'ERP ont reussi à le faire. Les vendeurs de BI ont encore du travail !

4.Posté par S le 13/08/2006 22:55
En matiere d'integration de la platforme, difficile de faire mieux que MicroStrategy qui a su croitre organiquement et offre aujourd'hui une suite robuste et qui plus est la plus puissante du marché en terme de puissance analytique

5.Posté par A. Schneider le 16/08/2006 17:10
Je me permets d'ajouter à cet article qu'une raison supplémentaire du succès d'excel est sa disponibilité immédiate et surtout la complexité grandissante des plateformes "intégrées" des acteur majeurs de la BI. Etant éditeur de solution, je pense qu'il est important de préciser qu'une des raisons de nos succès récents chez des grands comptes face à ces solutions réside dans la simplicité (pour les utilisateurs ET les administrateurs !) et l'ouverture technologique de nos solutions. Cela permet de proposer des solutions simples à mettre en oeuvre, riches fonctionnellement et répondant aux aspirations existantes et légitimes de pilotage des organisations à tout les niveaux de responsabilités. Et cela souvent en complément d'outils d'initiative individuelle comme excel.

6.Posté par BG le 28/08/2006 20:03
C'est drôle, l'article soulève des réèlles problématiques de fond, sur le 'malaise' (relatif) de la BI... Et tout le monde répond par une surrenchère technique / technologique...
N'avons nous pas touché du doigt le fond du problème : et l'utilisateur dans tout ça ?
L'utilisateur ? Il a Excel, ça fait 15 ans qu'il fait ses tableaux aux petits oignons, et il n'arrêtera jamais tant qu'on lui donnera l'impression qu'un système va faire tout à sa place.
Un problème bête comme le monde (de l'informatique) finalement !

7.Posté par NT le 28/08/2006 21:56
Effectivement, l'analyse de Mr Albo est pertinente. Toutefois j'ajouterais une petite remarque:
Le manque d'adhésion des utilisateurs n'est pas uniquement lié à la technologie (la vision de l'implémentation souvent coûteuse et de longue haleine est tout de même une vision très informatique même si les délais très longs peuvent influer sur leur motivation) et à la souplesse des tableurs. Il s'avère que dans la plupart des entreprises, un certain nombre des futurs utlisateurs des SI BI ont le rôle substitué par l'outil décisionnel (consolidation, mise en forme de rapport,etc...) Il devient alors difficile d'imposer de tels outils sans modification des postes de ces personnes, modifications qui sortent alors du spectre de la mise en place de tels systèmes.
Pour ma part, la qualité des données ainsi que la simplification de l'implémentation des projets sont les enjeux principaux des projets BI et ce qui doivent être pris en compte par les éditeurs.

8.Posté par Michael ALBO le 31/08/2006 16:45
Merci tous d'abord pour vos commentaires et vos différents éclairages.
Je constate que vous êtes, pour la plupart, en accord avec l'idée que les plateformes des éditeurs leaders de la BI ont dépassé les attentes de la grande majorité des utilisateurs ce qui explique qu'ils ont de plus en plus de mal à convaincre leurs clients que leurs nouvelles versions apportent une valeur ajoutée suffisante pour justifier le coût d’un projet de mise à jour.
Fort de ce constat, je sollicite vos avis de professionnels sur la question suivante :
A force de complexifier leur plateforme et de se focaliser sur les entreprises ayant les besoins les plus complexes, les éditeurs décisionnels majeurs ne sont-ils pas en train de se couper de la plus grande partie du marché (les PME et les MidCaps) et de devenir paradoxalement des acteurs de niche ?