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Dis moi comment tu te photographies, je te dirai qui tu es!


Rédigé par le 24 Février 2014

Nous sommes tous différents… croyons-nous… et pourtant, d’un endroit à l’autre de la planète, nous sommes finalement semblables à ceux qui nous entourent, et que l’on appelle justement nos « semblables ». Alors que les médias sociaux ont exacerbé l’individualité, l’analyse des données non structurées que représentent les fameuses « selfies », montre qu’en réalité, nous n’avons jamais autant ressemblé à notre voisin.



Photo Selfiecity
Photo Selfiecity
Qu’ont en commun les habitants de Bangkok, Berlin, Moscow, New York et Sao Paulo ? Ou plutôt qu’ont-ils de différents, mais de semblable dans leur attitude, leur expression, leur visage ? C’est le travail à la fois mathématique et artistique auquel se livrent les fondateurs du site Selfiecity.
Mais une petite mise au point s’impose, pour ceux qui parmi nos lecteurs, ne sont pas encore familiers du langage 2.0… Une selfie est une photographie prise par un photographe de lui-même. Quoi ? Appeler cela tout simplement un autoportrait ? Ca ne fait pas assez « in »… ☺
Et oui, le selfie, pour autant moderne que soit l’anglicisme, n’est rien de plus qu’un autoportrait. Plus précisément, le terme de selfie désigne les photographies généralement prises à l’aide d’un téléphone portable en utilisant la caméra dont il dispose sur sa face avant, et une application populaire comme Instagram, Frontback ou tout simplement Facebook ou Twitter. Plutôt que de partager ce qu’elle voit, la jeune génération veut se mettre en scène. Et plutôt que de partager un paysage, dont on ne sait finalement pas si c’est bien vous qui avez pris la photo, on partage la photo de soi dans le paysage. Cet autoportrait mis en scène, fait fureur sur les réseaux sociaux au point que certains journalistes qui couvraient le voyage récent du Président français aux Etats-Unis se sont vus reprocher des selfies peu protocolaires dans le bureau ovale de la Maison Blanche. Des photographies qui mettent le journaliste au premier plan, et les deux présidents en fond, alors que le journaliste devrait plutôt disparaître au profit du sujet qu’il traite…

Mais le phénomène des selfies est planétaire. Avec plus ou moins de bonheur d’ailleurs comme vous le montre cette compilation des pires selfies. Si vous avez la chance d’avoir à la maison un adolescent, vous avez sans doute déjà découvert cette pratique…

Une équipe de recherche universitaire, coordonnée par le Dr Lev Manovich, professeur à la City University of New York, s’est penchée de manière très sérieuse sur le sujet : un expert de la collecte de données, des analystes de données, des spécialistes de la visualisation… ont réuni leurs compétences pour analyser les autoportraits pris à travers le monde, afin d’en déterminer des modèles ; et de répondre à la question existentielle, sommes-nous différents ou semblables. Et cette réponse s’appuie sur des travaux très pointus, combinant l’analyse de données non structurées, la modélisation, et la représentation visuelle.

En analysant des milliers d’autoportraits, pris par des internautes dans cinq villes du monde, Bangkok, Berlin, Moscow, New York et Sao Paulo, l’équipe de recherche a modélisé les styles et les attitudes.
Premier travail réalisé, celui de l’harmonisation des photos. Il s’agit de remettre toutes les photos dans le même sens, et de les rogner automatiquement afin de sélectionner le visage de la personne qui prend la photo de lui-même. Ces images recadrées sont ensuite organisées dans un tableau de photos. L’axe des abscisses classe les photos en fonction du mouvement de la tête, penchée à gauche, droite, penchée à droite. L’axe des ordonnés suit le regard, en haut, au centre, en bas. Le centre de l’image montre donc des internautes la tête droite et qui regardent l’objectif. Les chercheurs ont ensuite déterminé le sexe, l’âge estimé, et le sourire des personnes photographiées. Vous pourrez constater qu’il semble y avoir 4 ans de différence d’âge en moyenne entre les photographiés de Bangkok (22,7 ans en moyenne) et ceux de New York (26,7 ans).
Si vous voulez être heureux et souriant, vivez à Sao Paulo ! En revanche évitez Moscow, dont les habitants semblent ne pas partager leur joie de vivre sur leurs autoportraits.

Un processus à la fois automatisé et humain

Pour « comprendre » les attitudes et les styles, les chercheurs ont analysé 656 000 photos téléchargées à partir d’Instagram, avec l’aide de Gnip. Puis ils en ont sélectionné au hasard 120 000 (soit 20 à 30 000 par ville analysée). Ils ont confié à des humains (via le service Mechanical Turk de Amazon) le travail d’identifier s’il s’agissait bien d’un autoportrait, avec une seule personne prise en photo. Ces mêmes prestataires ont également estimé le sexe et l’âge de la personne sur la photo.
Puis des algorithmes développés par l’équipe de recherche ont analysé le contenu de l’image : la présence de lunettes, le sourire, le regard, la position du visage, du nez, pour en déduire la modélisation des expressions.
A la fin du processus, les chercheurs ont conservé 640 photos analysées pour chacune des cinq villes, soit 3200 photos.

L’analyse des autoportraits permet de déterminer quelques tendances globales :
- Les internautes prennent beaucoup moins de selfies que de photos de leurs chats, de leurs assiettes ou de leurs chaussures… seules 4 % des photos collectées sur Instagram sont des selfies.
- Partout sur la planète, le phénomène selfie est féminin ! 55 % des selfies de Bangkok sont prises par des femmes, et 82 % de celles de Moscow !
- Et pour ceux qui ne le savaient pas encore, le Brésil est un pays où l’apparence compte beaucoup, et les femmes de Sao Paulo sont celles dont les autoportraits sont les plus expressifs, dont les poses sont les plus marquées.

Les chercheurs ont compilé les résultats de leurs recherches dans différents articles qu’ils partagent sur leur site. Lisez par exemple l’article de Alise Tifentale, qui s’intitule « Donner du sens à la ‘masturbation de l’image de soi’ et la ‘mini-moi virtuelle’ ». Tout cela pour essayer de comprendre ce phénomène des autoportraits. On attend avec impatience l’équipe de recherche suivante, qui fera l’analyse des expressions des chatons à travers la planète !

Des applications dans le domaine des affaires

L’analyse des données non structurées que sont les autoportraits n’en est qu’à ses prémices. Mais les applications pratiques dont ce projet démontre la faisabilité sont nombreuses. Ne parlons pas ici des applications de sécurité publique pour lesquelles l’analyse des visages a déjà beaucoup progressé. Mais par exemple de l’analyse du sentiment des clients. Aujourd’hui des études complexes et couteuses, permettent de comprendre les réactions d’un panel de consommateurs que l’on place devant un écran, et dont le regard et les expressions sont analysés lorsqu’on leur diffuse des publicités ou des images.
Mais les conditions de ces tests sont contraignantes et couteuses. Une marque pourrait analyser les photos publiées par ses consommateurs, et déterminer ce qui leur plait, à quel endroit, dans quelles circonstances. Il serait également possible de mesurer la satisfaction d’une population et l’évolution de sa perception, en analysant les sentiments qui transparaissent dans les photos qu’elle prend d’elle-même.
Et vous, qu’imaginez-vous comme applications d’analyse des visages dans le domaine des affaires ?

Pour aller plus loin, vous pouvez vous aussi jouer avec les données de ce projet de recherche en allant sur : http://selfiecity.net/selfiexploratory/




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