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QlikView sur la route du milliard, deux fois !

Analyse critique de la stratégie de QlikView pour le développement de sa nouvelle génération d'outils décisionnels.


Rédigé par le 17 Octobre 2012

QlikView réunit cette semaine à Paris son écosystème français, autour de Donal Farmer, gourou de la BI, transfuge de Microsoft et maintenant en charge de la réflexion sur le futur de QlikView. Il devrait dévoiler quelques orientations sur les futurs développements de l'éditeur. Toujours en avance sur son époque, Decideo analyse, avec critique, le positionnement de QlikView et sa stratégie.



QlikView et la Business Discovery

Donald Farmer fera-t-il adopter à QlikView.Next un design scandinave ?
Donald Farmer fera-t-il adopter à QlikView.Next un design scandinave ?
Pour se démarquer des nombreux fournisseurs d'outils d'aide à la décision, QlikView se positionne sur un marché qu'il revendique, celui de la "Business Discovery". Un marché qu'il définit de la manière suivante : "La Business Discovery correspond à des outils de Business Intelligence, pilotés par les utilisateurs, qui les aident à prendre des décisions en se basant sur plusieurs sources d'informations : des données, des personnes, des lieux". Admettons… même si de mon point de vue, cela n'est pas vraiment différent de l'aide à la décision telle qu'on la pratique depuis le milieu des années 90, avec des outils qui se sont toujours dits "orientés utilisateurs". C'était même à l'époque l'argument de Business Objects, qui prétendait que les utilisateurs allaient pouvoir créer leurs propres états à partir des Univers, sans avoir besoin de solliciter l'informatique… les choses ont bien changé.
Sur ce marché que l'on peut plus modestement appeler celui des outils d'aide à la décision, QlikView vise deux fois le milliard : le milliard de dollars de chiffre d'affaires, et le milliard d'utilisateurs. Des objectifs en ligne avec la mission de l'entreprise, résumée dans la phrase : "Simplifier la prise de décisions, pour tout le monde, partout".

QlikView a indéniablement donné un coup de fouet à une informatique décisionnelle qui avait perdu de son innovation. Même si les solutions QlikView datent d'une décennie, c'est à la fin des années 2000 qu'elles ont véritablement pris leur essor. Allongement des délais et des coûts de développement, complexité des offres, QlikView a bénéficié des travers de ses concurrents. Mais cela ne peut pas suffire pour se construire une réputation sur le long terme. C'est plutôt un effet d'aubaine, que QlikView
a parfaitement su mettre à profit. Comme QlikView le reconnait "la solution parfaite d'aide à la décision est encore en train d'émerger".

Les thèmes qui inspirent QlikView

L'éditeur analyse les tendances du marché, et souligne quelques sujets qui lui donnent matière à inspiration.

- Les utilisateurs sont maintenant autonomes : si vous ne leur fournissez pas les outils dont ils ont besoin, ils n'hésiteront pas à aller les chercher. C'est d'ailleurs ainsi que QlikView a pénétré de nombreuses entreprises. Son marketing ciblait les utilisateurs et leur proposait de s'affranchir de leur département informatique. On a assisté à des situations cocasses où le vendredi soir, un responsable informatique transmettait une évaluation de plusieurs semaines et de plusieurs milliers d'euros pour un projet; et le lundi matin le responsable fonctionnel revenait le voir avec 80 % du projet réalisé pendant le Week-End avec QlikView… pas facile de justifier ensuite les délais et les coûts. Donc si vous ne répondez pas aux attentes de l'utilisateur, il trouvera seul une solution.

- Autre thème de réflexion suivi par QlikView : "les utilisateurs veulent créer et construire et pas simplement consommer". Une assertion assez étonnante, qui je pense ne concerne que les utilisateurs dits "avancés". Il y a certes une propension des utilisateurs à mieux maitriser les technologies et à réaliser eux-mêmes des tableaux ou des analyses auparavant confiées à l'informatique. Mais à l'inverse l'immense majorité des utilisateurs de données souhaite accéder de manière simple et automatique aux données dont ils ont besoin, sans devoir construire quoique ce soit.

- "Les premières minutes sont cruciales". En effet, c'est une évolution de la société de zapping dans laquelle nous vivons. Sur les sites de rencontre, vous cliquez en une seconde sur la photo d'une personne "J'aime" ou "Je n'aime pas"; ne laissant place qu'à l'instantané, au superficiel et à l'apparence. En matière d'interface informatique, c'est la même chose. Vous téléchargez une application, vous l'essayez sans lire une seule ligne du mode d'emploi, et si vous ne parvenez pas en quelques minutes à en comprendre le fonctionnement, vous l'abandonnez sans lui laisser de seconde chance.

- La collaboration est au coeur de l'évolution des processus professionnels. Les pratiques personnelles d'échange, de partage, de commentaires, pénètrent l'entreprise au rythme des nouvelles générations qui accèdent au monde professionnel. Les outils, quelqu'ils soient, ne peuvent ignorer aujourd'hui les fonctions sociales.

- La mobilité : pas la peine de s'étendre, elle est omniprésente. Mais elle se combine avec un phénomène connecté au premier point abordé, l'autonomie des utilisateurs, qui achètent et utilisent leur propre terminal (BYOD) et souhaitent le connecter au système d'informatique de l'entreprise.

- les données volumineuses. Selon IDC, nous aurons généré 8 milliards de téraoctets de données numériques en 2015. Et sans doute le cabinet de voyance reste-t-il en dessous de la réalité. Ce déluge de données simplifie-t-il la prise de décision ? Pas vraiment, car plus de données ne signifie pas plus de simplicité pour y accéder et les analyser, bien au contraire. Un des enjeux pour QlikView sera donc bien de proposer des outils adaptés au fameux "Big Data".

Concrètement, cela donnera quoi dans la prochaine génération des outils QlikView ?

Il nous faut maintenant analyser ces pistes et imaginer comment QlikView va transformer tout cela en produits dans sa nouvelle génération pour l'instant appelée "QlikView.Next". L'éditeur nous livre cinq pistes que je reprends ici en anglais : "Gorgeous and genius", "Compulsive collaboration", "Mobility with agility", "Enabling the new enterprise" et "The premier platform".

- l'aspect : QlikView était innovant… il y a quelques années. Mais depuis des logiciels tels que Spotfire ou Tableau Software ont adopté une ergonomie au moins aussi agréable. QlikView doit donc se réinventer, et misera sur le design scandinave. Solide, aux lignes essentielles et simples, fonctionnel et à base de matériaux nobles et naturels, c'est un peu ce qui ressort du design nordique. Et QlikView compte appliquer ces principes non seulement au logiciel, mais à l'ensemble de l'expérience utilisateur, dès l'installation du logiciel. "Une technologie sophistiquée sous une peau agréable et une prise en main simple", c'est ce que QlikView tentera de nous proposer. Espérons que nous ne tomberons pas dans le modèle Ikea, où il faut refaire 100 km en voiture pour récupérer la petite vis indispensable qui manquait dans le sachet… C'est cela aussi le design scandinave !
Mais au delà de l'aspect visuel, QlikView mettra en avant les liens entre les informations. C'est son point fort, la gestion des associations entre les données. Et cela correspond à notre mode de raisonnement natif lorsque nous manipulons des données dans le but de prendre des décisions. Associations, comparaisons et implications. Ce sont les trois fonctions que continuera de développer QlikView dans ses prochaines versions.

- La collaboration devrait être au coeur des prochaines versions de QlikView. Sur ce point d'autres éditeurs comme Yellowfin ont de l'avance sur QlikView.

- La mobilité bien sur, puisque nous avons besoin d'accéder en temps réel à nos informations et à nos analyses, où que nous soyons et quelque soit la plateforme mobile que nous avons choisi. Sur ce point des éditeurs comme Microstrategy ou Roambi ont pris une avance importante sur QlikView. En revanche, ils privilégient bien souvent la consultation et la manipulation. Si QlikView parvient à développer un véritable outil mobile de création d'analyses, il pourrait reprendre l'initiative.

- Dans la vision de QlikView d'une nouvelle entreprise, le département informatique est en charge des fonctions de support. "les informaticiens passent de fournisseurs de la BI au statut de facilitateur de la BI", explique QlikView. Une évolution que l'on constate déjà dans de nombreuses entreprises, mais qui n'est pas partout accueillie de manière positive. Les positions acquises par les uns et les autres sont parfois défendues avec vigueur et certains voient cette évolution organisationnelle comme une nouvelle régression du pouvoir de la direction informatique.

- Finalement, pour atteindre son objectif d'un milliard d'utilisateurs, QlikView compte sur ses partenaires, et espère créer un écosystème similaire à celui de Microsoft où les partenaires génèreront plus d'argent que l'éditeur. C'est dans cet esprit qu'a été lancée il y a quelques semaines la place de marché pour les applications QlikView. Et l'éditeur continuera d'investir sur la connectivité aux applications tierces et sur les interfaces de programmation.

Il faut bien dire quelques mots sur le cloud computing tout de même…

La position de QlikView sur le sujet de l'informatique en nuage est pour le moins réservée. Officiellement, QlikView est bien contraint de reconnaitre que le phénomène est en progression et qu'il y a une demande chez ses clients. Mais il semble confier le sujet à ses partenaires qui ont développé des applications verticales et les proposent en mode hébergé. L'éditeur souligne que les utilisateurs ne sont pas encore prêts à mettre toutes leurs données sur le nuage et ne savent pas toujours comment elles pourraient les y transférer.
Pas d'offre en cloud public pour QliView à court terme donc. Mais l'éditeur reste prudent et rappelle qu'il n'y a aucune barrière technique, que QlikView peut parfaitement fonctionner en mode hébergé, et que justement l'éditeur héberge son site de démonstration sur le cloud de Amazon… des fois que…

En conclusion

Si l'on tente de résumer la vision de QlikView développée dans un livre blanc publié par l'éditeur, la solution idéale d'aide à la décision de demain serait : l'ergonomie d'un Tableau Software mis au gout du design scandinave, la collaboration de Yellowfin, la mobilité de Microstrategy et l'écosystème de Microsoft. Beau programme. Mais il manque encore un élément, ce "one more thing" qui fera de QlikView.Next non seulement le meilleur des mondes existants, mais l'outil que l'on veut absolument utiliser. Alors Donald, ce sera quoi ce "one more thing" ?




Commentaires

1.Posté par Guillaume Champion le 18/10/2012 02:01
Bonjour,

Sauf erreur de ma part, Qliktech n'a jamais parlé d'objectif d'1 milliard d'utilisateurs mais plutôt que Qlikview en tant qu'outil d'aide à la décision impacte la vie d'1 milliard de personnes à travers le monde.
D'ailleurs 1 milliard d'utilisateurs cela donnerait bien plus qu'1 milliard de Chiffre d'affaire pour QlikTech :-)

2.Posté par Philippe Nieuwbourg le 18/10/2012 07:17
En effet la phrase de QlikView est ambigue. Ils parlent de "touching one billion lives", que l'on peut en effet traduire par "impacter la vie de 1 milliard de personnes". Il peut s'agit d'utilisateurs de la solution ou d'utilisateurs des analyses et rapports fournis, ou d'utilisateurs ayant un lien indirect, ou... c'est juste du marketing de toutes façons :-)

3.Posté par Francois Nguyen le 18/10/2012 20:47

J'étais à la conf : grand respect pour le Monsieur que j'ai vu pour la première fois en live.

Pour ceux qui y étaient, c'était pas juste génial ?

4.Posté par Eric Morali le 22/10/2012 10:01
Au delà de la présentation très orientée marketing, j'ai trouvé la réflexion de fond sur les changements comportementaux et attentes des "consommateurs" dans l'entrerprise très intéressante. Ce sont ces changements qui vont effectivement pousser vers plus de mobilité, plus d'ergonomie (le "touch"), et plus de collaboration pour les futures applications d'entreprise. Le point de Donald Farmer sur le fait que pour la première fois dans l'histoire les gens dans leur entreprise se retrouvent à utiliser des ordinateurs moins puissants et des environnements applicatifs moins évolués que chez eux, est des plus valides.

5.Posté par Pascal Santinelli le 22/10/2012 17:17
Mr Donald Farmer a partagé une vision de la Business Discovery tres intéressante, principalement basée sur les évolutions en dehors du monde de l'entreprise, mais a occulté certaines réalités du terrain ... il faut être créatif et tourné vers l'avenir, mais aussi raison garder !

BYOD ( Bring Your Own Device ) illustre à mon sens parfaitement cette situation : de plus en plus de personnes disposent de moyens informatiques personnels performants et plus récents que ceux mis à leur disposition dans leurs entreprises, c'est indéniable, mais ...

Supposons que Mr X , par le biais de sa tablette personnelle (et de ses propres logiciels pour reprendre l'exemple de Donald Farmer) augmente sa productivité et celle de son entreprise, personne de va remettre en question l'utilisation de ses ressources personnelles.
Mais si Mr X ne peut plus disposer de cet outil 'personnel' ( vol, casse, perte, ... ), va-t-il être responsable de la baisse de productivité engendrée ? Son entreprise va-t-elle alors lui reprocher ceci ou lui fournir finalement un matériel au frais de l'employeur ?

Il y a ici une limite monde professionnel / sphère privée qu'il faut attentivement surveiller. Une entreprise doit mettre à disposition de ses salariés les outils de travail nécessaires à la réalisation de leur mission, et pas le contraire non ?

Pour gérer un parc matériel / logiciel garantissant une intégrité au SI de l'entreprise ( sécurité des données, protection des systèmes, ... ), il faut avoir un minimum de contrôle sur qui se connecte et avec quoi ! ( anti-virus, cryptage, VPN, ... ) Une personne contaminant le réseau d'entreprise avec un matériel privé et engendrant la perte de données ne serait-elle pas en situation délicate ?

A méditer ...

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