HP dévoile enfin une stratégie de data management qui passe par le rachat de Autonomy


Rédigé par le 19 Aout 2011

Chaque été apporte sa contribution. L'été 2011 sera celui du rachat de Autonomy par HP dans le domaine de l'informatique d'entreprise; annoncé 24 heures après celui du rachat de Motorola par Google. Et les 10 milliards dépensés par HP pour s'offrir l'éditeur Autonomy lèvent un coin du voile de la possible stratégie de HP en matière de Business Intelligence. Une stratégie jusqu'à ce jour plus que floue...



Hasard des calendriers, c'est hier que HP fêtait les 64 ans de sa création. Les statuts de l'entreprise ont en effet été déposés le 18 août 1947 par William Hewlett et David Packard. Soixante quatre ans plus tard, HP annonce un des plus importants rachats de son histoire, celui de Autonomy, pour 10 milliards de dollars.
L'information a été dévoilée par Bloomberg dans le courant de la journée d'hier. Confirmée par Leo Apotheker, PDG de HP, lors de la conférence d'annonce des résultats, cette annonce éclaire quelque peu la stratégie sa stratégie dans le domaine du logiciel et en particulier de la Business Intelligence.

Absent des grandes opérations de concentration de 2008, HP qui se voulait un acteur majeur du marché de la Busines Intelligence s'est retrouvé avec des offres incomplètes (Neoview) incapable de se confronter sérieusement aux stratégies de SAP et IBM.
Les péripéties qui ont amené Leo Apotheker à la tête de l'entreprise n'ont pas aidé HP à faire les bons choix en matière d'investissement sur le marché du logiciel. Quand SAP et IBM dépensaient des milliards de dollars pour rafler les meilleurs éditeurs de Business Intelligence du marché, HP semblait figé.
L'arrivée de Leo Apotheker, homme issu du logiciel, a redonné espoir quant à l'évolution de HP vers les architectures logicielles. Mais les annonces se sont faites attendre. Les patrons de la division BI qui se sont succédés ces dernières années annonçant toujours d'imminentes prises de position... jamais concrétisées.
L'arrivée de Leo Apotheker, débarqué de SAP, homme du logiciel plus que du matériel, avait redonné espoir pour les partisans du "software". Espoir concrétisé début 2011 par le rachat de Vertica, éditeur d'une base de données en colonnes dédiée à l'analyse décisionnelle. Mais ce n'était pas suffisant. HP manque de tout ! D'outils de collection de données, de référencement, de gestion de la qualité, de stockage, d'analyse, de reporting, de data mining... Comment combler le retard accumulé face à Microsoft, Oracle, SAP ou IBM ?
La réponse est tombée avec le rachat de Autonomy : en n'essayant pas de le combler, mais en jouant un coup d'avance. Et ce coup d'avance est celui des gros volumes de données non structurées.
Autonomy propose en effet des outils de recherche, d'analyse et de présentation de données - le marché du "search and discovery" - principalement des données non structurées telles que contenues dans les textes, les pages web, les emails, mais aussi les fichiers audio ou images. Autonomy propose de rassembler ces informations, de leur donner du sens, et de les présenter pour qu'elles soient utiles à la prise de décision.
Un positionnement qui ne pouvait s'exprimer que par le regroupement de ces fonctions autour d'une infrastructure dédiée à l'analyse des données non structurées afin de se transformer en véritable outil d'aide à la décision.
Stratégie gagnante si elle est correctement mise en oeuvre. Car HP une fois achevée cette plateforme, aura un temps d'avance. Alors que SAP (avec HANA) se focalise sur l'optimisation de l'analyse des données structurées, HP voit plus loin dans le temps, et fait le pari que la valeur sera demain dans l'immensité de l'environnement numérique non structuré généré quotidiennement. Et tout cela pourrait se faire en mode "cloud computing", un domaine dans lequel Autonomy a déjà beaucoup investi, gérant 30 Po de données pour ses clients.

Pour atteindre cet objectif HP est prêt à mettre le prix. La proposition de rachat de Autonomy faite aux actionnaires est très généreuse, une prime de 64 % par rapport au dernier cours de l'action, ce qui valorise le rachat autour de 10 milliards de dollars, payés en numéraire. Une proposition largement approuvée par les conseils d'administration des deux sociétés, et par Mike Lynch, fondateur de Autonomy en 1996 et PDG de l'entreprise, qui réussit là un coup de maître. En ayant balisé l'opération et proposé une prime élevée, HP se met aussi un peu à l'abri d'une contre-offensive toujours possible d'un rival comme Oracle.

Au-délà des milliards, la mise en pratique

Racheter une entreprise n'est finalement que le début d'un long processus d'intégration. C'est la partie la plus simple de l'opération qui est aujourd'hui achevée, celle de la négociation financière entre acheteurs et vendeurs qui se mettent d'accord sur un prix. Il va maintenant falloir passer à la pratique ! La stratégie sous-jacente de création d'une offre complète de gestion des gros volumes de données non structurées, va nécessiter l'intégration technique des acquisitions, celle de Autonomy, celle de Vertica, et peut-être d'autres à venir (HP pourra-t-elle se passer d'une acquisition dans le domaine du reporting et de l'analyse "traditionnels" ?).
Et la phase la plus complexe reste celle de l'intégration des équipes. Des rachats très couteux ont été mis à mal par les problèmes d'intégration. Que penser du rachat de Digital par Compaq en 1998, puis de celui de Compaq par HP en 2002 ? Les anciens peuvent vous en parler. Plus proche de nous, le rachat, signé par Leo Apotheker, de Business Objects par SAP en octobre 2007, pour près de 5 milliards d'euros, n'est pas un modèle d'intégration humaine à mettre au crédit du PDG de l'époque. Les pratiques de Leo Apotheker chez HP ont-elles suffisament évolué pour que l'intégration de Autonomy se passe mieux ? Les deux prochaines années nous apporteront la réponse. Si c'est le cas, et si les produits suivent, HP aura pris quelques années d'avance et pourrait jouer une carte majeure dans le décisionnel de gros volumes de données non structurées des années 2015.



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