Une salle de décision bien modeste à la Maison Blanche


Rédigé par le 7 Mai 2011

La photo a fait le tour du monde cette semaine. Elle est bien sur sélectionnée et validée par les services du gouvernement américain, mais décryptée par notre œil de passionnés du décisionnel, elle révèle quelques détails intéressants.



Photo fournie par la Maison Blanche
Petit retour en arrière tout d’abord. La « situation room » installée dans l’aile Ouest de la Maison Blanche (la fameuse West Wing pour les fans de la série éponyme) n’est pas un bunker surprotégé creusé dans les sous-sols mais un ensemble de salles de réunion d’environ 500 mètres carrés, installé au rez-de-chaussée. Certaines disposent même de fenêtres qui donnent sur l’extérieur.
Ne confondons pas cette salle utilisée par la Présidence et les évidentes salles utilisées lors d’une éventuelle crise nucléaire, installées dans des lieux tenus secrets et en effet bien plus sécurisées.
La « situation room » de la Maison Blanche permet au Président de suivre en temps réel des événements et de transmettre ses instructions, d’y prendre des décisions connectées à la situation sur le terrain.
Et cette photo, qui a fait le tour du monde, est présentée par la Maison Blanche comme prise pendant l’assaut qui a abouti à la mort de Oussama Ben Laden, suivi en direct par le Président Obama et ses conseillers.

Première évidence, même prise à contre-champ, c’est l’absence de technologies révolutionnaires qui peut surprendre. Hollywood et sa série « 24 heures » nous ont habitué à des salles de contrôle truffées d’électronique et de dispositifs tous plus innovants les uns que les autres. Sponsorisée par Cisco, la série « 24 heures » empilait les téléphones derniers cris, les système de vidéoconférence, d’accès immédiat aux données en situation de mobilité etc. Ici rien de tout cela. Une table, des chaises, quelques fauteuils et manifestement pas de place assise pour tout le monde. Ils sont huit assis autour de la table et autant debout à suivre les événements.
Autre constat, le Président Obama semble assis en retrait sur une simple chaise. On l’aurait imaginé dans le fauteuil principal, dirigeant les opérations. Il laisse en fait cette place au Brigadier General Marshall B. “Brad” Webb, assistant du commandant en chef.
Comme dans toutes les salles de réunion les fils s’entremêlent au centre de la table, entre les quatre portables (HP me semble-t-il). Là encore du matériel simple, classique, loin des fantasmes véhiculés par le cinéma.


Photo fournie par la Maison Blanche
Même l’autre photo, permettant de voir ce que voyaient alors le Président et son entourage ne révèle que quelques écrans bien modestes. Le Président n’est pas Tom Cruise dans Minority Report ! Le sera-t-il un jour d’ailleurs ?

The Situation Room, circa 1962 (Kennedy Library)
Mais intéressons-nous quelques instants à l’évolution de cette « situation room ». Comme vous pouvez le constater sur cet autre cliché, elle a bien évolué depuis le début des années 60. Nous étions pourtant en pleine guerre froide. La Maison Blanche, soucieuse de conserver et de transmettre son histoire, maintient une page historique sur l’évolution de cette salle de commande. A consulter sur http://www.whitehousemuseum.org/west-wing/situation-room.htm pour découvrir les photos marquantes de l’histoire des transformations de cette salle.

En France, le Président de la République disposerait sous l’Élysée du PC Jupiter qui lui permettrait de commander l’usage éventuel de l’arme atomique, mais aucune photo de cette salle ne semble accessible au grand public.

Et les grandes entreprises, comment décident-elles en situation d’urgence ? Disposent-elles d’une salle de crise ? Comment est-elle équipée ? Qui l’utilise et à quelle fréquence ? Nous menons actuellement une enquête sur le sujet auprès des entreprises du CAC40. Les résultats seront présentés le 6 juillet lors de l’université d’été de la visualisation de données.

L’événement majeur de cette semaine nous livre également un autre sujet de commentaire. D’après certains médias américains, les disques durs et ordinateurs récupérés pendant l’assaut sur la maison occupée par Oussama Ben Laden contiendraient 2,7 Téraoctets de données, qui seraient en cours d’analyse par les spécialistes de la CIA. Le grand public découvre au travers de ce prisme ce qu’analyse de données et « big data » signifie.
A lire par exemple sur http://www.cbsnews.com/8301-31727_162-20060493-10391695.html



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