Big Data, Science des données, aide à la décision en entreprise, business intelligence, data warehouse, reporting, OLAP, web analytics, data visualization, data mining, internet des objets, informatique cognitive, intelligence artificielle...

Abonnez-vous gratuitement à Decideo !


Decideo

 


Questions de stratégie : Lars BJORK, CEO de QlikView


Rédigé par le 26 Octobre 2011

A l'occasion de la conférence clients organisée par QlikView le 19 octobre à Paris, Decideo a pu rencontrer Lars BJORK, directeur général de l'éditeur qui intervenait pour présenter la future nouvelle version QlikView 11 annoncée pour novembre. Plutôt que de passer en revue ces nouvelles fonctionnalités nous avons souhaité l'interroger sur quelques sujets plus stratégiques qui concernent l'avenir de QlikView : l'innovation où comment QlikView envisage de conserver son avance sur le marché, les relations informatique-utilisateurs que l'arrivée de la BI agile a bien malmené... Il était accompagné de René BERGNIARD, VP France de QlikTech.



Conférence QlikView à Paris le 19/10/2011
Conférence QlikView à Paris le 19/10/2011
Decideo : Dans le futur, pensez vous être en mesure de conserver le même niveau de croissance, tout en restant sur votre marché actuel, celui du reporting et des nouveaux outils de Business Intelligence ? Une entreprise comme QlikTech ne doit-elle pas innover en permanence, s'ouvrir à de nouveaux marchés ?

Lars BJORK : Je ne pense pas que nous ayons besoin d'inventer de nouveaux outils, en tous cas pas en dehors de notre marché actuel. Vous comprendrez que comme nous sommes une société publique, je ne peux pas être très précis sur ce sujet, mais nous devons inventer et réinventer en permanence ce qui fait le coeur de notre métier. C'est pour cela que je pense par exemple que la grande tendance de la mobilité est en train de modifier toute notre interactivité avec nos données. Si la plateforme principale est la tablette et si les interfaces tactiles se pérennisent, et si le clavier et la souris ne sont plus les seuls outils d'interactivité, cela modifiera forcément les comportements des utilisateurs. Mais pour répondre à votre question, devons nous modifier quelque chose pour poursuivre notre croissance dans les prochaines années ? Absolument pas ! Le marché de la "business discovery" est considérable. Mais attention, nous ne sommes pas sur le marché du reporting, nous faisons de l'analyse dynamique et interactive. Si vous voulez faire simplement du reporting, achetez autre chose que QlikView ! Nous avons actuellement 21 000 clients dans le monde, il y a 68 millions de sociétés dans le monde, nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir, car elles ont toutes besoin d'analyser leurs données. Toutes, et même si nous nous concentrons sur les 20 millions les plus importantes... Le marché est énorme.

Les utilisateurs vont avoir besoin de plus petites applications décisionnelles, conçues à la demande, pour répondre à un besoin précis, de manière très rapide et efficace. Ces applications seront conçues par les utilisateurs eux-mêmes. Elles complèteront les applications décisionnelles d'entreprise. Ne soyez pas surpris si dans le futur, vous voyez apparaitre une plateforme QlikView pour commercialiser ces applications. Et sans doute vous poserez-vous alors la question : pourquoi pas des applications décisionnelles pour le consommateur ? Pourquoi France Telecom par exemple ne remplacerait-il pas ses factures par des données mises à disposition sur un portail, auquel l'utilisateur pourrait accéder. Comme les banques le font déjà. Les opérateurs téléphoniques, les fournisseurs d'énergie, il y a des dizaines de sociétés qui pourraient en tirer profit. Et il n'y a pas que les données de facturation, il y a beaucoup d'autres types de données concernés. Prenons l'exemple des services financiers, ce n'est pas un secteur innovant. Les banques sont conservatrices, elles avancent lentement, elles se réfèrent toujours aux évolutions législatives ou règlementaires avant de faire le moindre changement, mais elles vont devoir aller dans cette direction de l'aide à la décision individuelle pour leurs clients. Prenons un autre exemple auquel je suis confronté aux États-Unis où je vis depuis cinq ans : le contrôle aux frontières. C'est un cauchemar ! Et je pense qu'ils n'ont aucun outil sophistiqué pour traiter leurs données. Nos clients ont compris cette évolution et je pense que certains travaillent déjà dans cette direction, des applications décisionnelles mises entre les mains de leurs clients. Nous les soutiendrons. Nous avons un beau projet avec Vodaphone. Ils proposent un outil d'analyse détaillé de leurs facturations à leurs 600 plus gros clients.

Lars BJORK, CEO de QlikTech
Lars BJORK, CEO de QlikTech
Decideo : C'est plutôt une bonne nouvelle sur le plan financier. Puisque votre marché va rester identique, vous pourriez économiser tous les coûts de recherche et développement et vivre sur le produit existant ?

Lars BJORK : C'est tout le contraire de ce que nous faisons ! Nous investissons de plus en plus en recherche et développement. Parce que nous voulons conserver l'avance que nous avons acquise. Nous voulons rester les leaders de ce marché pendant les prochaines années, quelque soit la manière dont le marché évoluera - je ne peux pas faire de commentaires sur ce sujet - mais si vous me demandez si nous allons changer de marché et faire autre chose, comme du CRM, non ! Je pense que l'une des raisons pour lesquelles nous sommes si bons, c'est parce que nous sommes focalisés sur notre marché de la "business discovery" et nous ne faisons pas autre chose.

Decideo : Comment qualifieriez vous alors la "mission" de QlikView ? Bill Gates voulait mettre toute l'information au bout des doigts, Steve Jobs voulait changer le monde, quelle est la mission du CEO de QlikTech ?

Lars BJORK : Je pense que notre mission est de continuer à simplifier la prise de décision basée sur des données. Les réseaux sociaux et la collaboration sont des tendances essentielles dans notre métier. Le collaboratif en particulier car c'est en collaborant que l'on prend des décisions. Vous ne prenez pas de décisions seul. Vous avez besoin des remarques, des commentaires, des personnes qui travaillent avec vous. Mais tout cela n'est pas actuellement proposé par les logiciels disponibles sur le marché. Demain nous devrons intégrer ces fonctions collaboratives.

Decideo : Autre question que j'aimerais vous voir aborder, celle des relations entre les utilisateurs et les départements informatiques. Ou plus exactement de la manière dont elles vont évoluer. L'arrivée de la BI agile a modifié les comportements. Les utilisateurs se sont sentis plus libres de mettre en place eux-mêmes des applications décisionnelles, parfois même sans la validation de leurs départements informatiques. Et c'est à cause de vous, vous avez soutenu cette approche ! Comment tout cela va-t-il évoluer ? Qui va gagner cette guerre entre l'informatique et les utilisateurs ? Et quel sera votre rôle ?

Lars BJORK : Il doit y avoir absolument une phase de réconciliation à l'intérieur des entreprises. Et je pense que nous en sommes très proches; certaines entreprises ont même débuté cette phase. Les départements informatiques maitrisent les standards de l'entreprise et la cohérence, mais pas les besoins des utilisateurs métiers. Les utilisateurs ne peuvent pas de leur côté être totalement déconnectés et dire j'utilise ce que je veux et je n'en ai rien à faire de l'informatique. Les informaticiens se rendent compte que les utilisateurs n'ont jamais été aussi impliqués qu'aujourd'hui. La raison en est la démocratisation de l'usage personnel de la technologie. Que vous utilisez un iPhone ou un iPad, vous n'ouvrez jamais un manuel et ça fonctionne. Et quand vous arrivez au bureau, vous avez en face de vous quelqu'un qui vous dit "non, vous n'aurez pas accès à ce type d'expérience, à ce type de logiciels dans votre vie professionnelle". Les informaticiens se rendent compte qu'ils doivent rendre aux utilisateurs le service qu'ils attendent. Mais je dois garder le contrôle de mon système. Chacun a son rôle. Hier j'étais à Madrid où j'ai rencontré le responsable informatique de El Corte Ingles, et il me disait que pour la première fois, des utilisateurs métiers sont venus le voir et l'ont félicité pour le projet QlikView. Ils n'ont d'habitude que des utilisateurs qui se plaignent. Et c'est ce que Sanofi a également confirmé aujourd'hui. Je pense que nous proposons une technologie qui rapproche les utilisateurs et les départements informatiques.

René BERGNIARD : Nous le constatons tous les jours en France. L'informatique doit maintenant changer la manière dont ils conduisent les projets informatiques. Ils doivent impliquer les utilisateurs métiers. Ce n'est pas toujours facile de les en convaincre. Mais je peux vous dire que nous avons de plus en plus d'exemples où les gens de l'informatique viennent nous voir, discrètement, et nous disent merci, "vous nous avez aidé à changer notre image en interne. Nous sommes maintenant en mesure de fournir des projets plus rapidement, des projets avec une réelle valeur ajoutée". Comme le dit Lars, nous facilitons ces nouvelles relations entre informatique et utilisateurs métiers. Il y a environ un an et demi, je présentais QlikView au club des utilisateurs SAP. Il y avait dans cette réunion la responsable de la BI chez PSA. Elle m'a interpellé en me demandant "s'il vous plait, arrêtez de rencontrer nos utilisateurs métiers ! Parce qu'ils nous demandent de référencer QliKView et que ce n'est pas à l'ordre du jour". Je lui ai simplement proposé de l'aider à travailler ensemble pour améliorer le dialogue entre l'informatique et les utilisateurs métiers. Nous avons pu ainsi les aider à dialoguer ensemble. Ils utilisent maintenant QlikView, sur un petit projet, mais ce client recèle un potentiel commercial important pour nous dans le futur. C'est un excellent signal pour nous. Aujourd'hui une majorité de nos clients en France ont entrepris cette démarche. Une démarche qui n'aurait pas été possible d'ailleurs il y a dix-huit mois.

Decideo : Comment expliquez-vous cette évolution de la maturité des utilisateurs en matière d'utilisation des nouvelles technologies, qui sous-tend cette "bi agile" ? Est-ce le changement de génération ?

Lars BJORK : Merci à l'iPad ! Le succès de la tablette d'Apple est un effet de cette "consumérisation" des produits technologiques. 80 % des iPad sont achetés par des individus, qui ne le passent même pas dans leurs frais professionnels. Ils l'amènent au bureau, se connectent au système d'information de l'entreprise, et veulent accéder aux informations. Mais la DSI leur répond "désolé, mais notre politique d'entreprise est de ne pas supporter les tablettes"... cela ne sert à rien, ils continueront à accéder au système d'information au travers de ces nouveaux outils. Le rôle de l'informatique est de s'assurer que les données sont bien protégées et que les utilisateurs peuvent y accéder, même à partir de tablettes. Nous ne sommes pas loin d'arriver à une situation du type "venez avec votre proche machine". Pourquoi continuer à acheter un poste de travail pour chaque employé qui ne lui plait pas ? Donnez 1500 euros à chaque salarié et dites lui d'acheter le poste de travail qu'il souhaite ! Voilà dans quelle direction nous allons. Oubliez la période où le standard de l'entreprise était des PC de HP ! La seule chose que vous devez contrôler c'est qui accède à quelle information.

Et si vous ne faites pas cela, savez-vous comment vont réagir vos salariés ? Où vont-ils mettre leurs données ? Sur Dropbox ! C'est simple, pas cher. A quoi cela sert-il de construire Fort Knox dans votre entreprise si les salariés vont d'eux-mêmes conserver une copie de leurs données dans un service externe ? C'est ce que nous avons essayé de faire au Moyen-Âge. Mais cela ne fonctionne plus aujourd'hui.

La nouvelle génération nous pousse à aller dans cette direction. Si vous posez la question à de jeunes salariés, la plupart pensent que les téléphones mobiles ont toujours existé. Et dans dix ans, nous penserons que l'iPhone a toujours existé.

Decideo : Pour terminer une question sur votre environnement concurrentiel, QlikView était un des tout premiers outils de BI agile sur le marché. Ce n'est plus le cas aujourd'hui ! Comment pensez-vous pouvoir conserver un avantage compétitif sur vos nouveaux concurrents ?

Lars BJORK : Nous devons déterminer, comme nous l'avons fait dans le passé, quels sont les tendances des besoins des utilisateurs de demain. Tableau Software propose par exemple un très bel outil de visualisation de données. Mais est-ce une plateforme qui peut faire tout ce que QlikView fait ? Non ! Est-ce un outil qui permet de rendre plus attractives les données de votre vieux système d'information ? Oui, je pense. C'est bien d'avoir des concurrents, mais je ne pense pas que vous puissiez trouver un seul éditeur qui fasse la même chose que nous. Mais quand on mesure la taille du marché dont nous parlions il y a quelques instants, il y a bien sur de la place pour plus d'un seul éditeur.




Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

Vous pouvez commenter ou apporter un complément d’information à tous les articles de ce site. Les commentaires sont libres et ouverts à tous. Néanmoins, nous nous réservons le droit de supprimer, sans explication ni préavis, tout commentaire qui ne serait pas conforme à nos règles internes de fonctionnement, c'est-à-dire tout commentaire diffamatoire ou sans rapport avec le sujet de l’article. Par ailleurs, les commentaires anonymes sont systématiquement supprimés s’ils sont trop négatifs ou trop positifs. Ayez des opinions, partagez les avec les autres, mais assumez les ! Merci d’avance. Merci de noter également que les commentaires ne sont pas automatiquement envoyés aux rédacteurs de chaque article. Si vous souhaitez poser une question au rédacteur d'un article, contactez-le directement, n'utilisez pas les commentaires.