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Des milliers d’applications à faire évoluer, du shadow IT à détecter : Paris Aéroports face à un projet d’ampleur en mars 2027


Rédigé par le 18 Août 2026

Le 16 mars 2027, tous les terminaux de l’aéroport Paris Charles de Gaulle changent de numérotation ! Un casse-tête informatique et organisationnel, et un plaidoyer pour la mise en place d’une gestion des données de référence.



Assis dans le bus qui vous emmène du Terminal 2G au Terminal 2F, votre regard parcourt les affiches d’information collées aux vitres. Et les neurones de votre cerveau dédiés à la gouvernance des données font un bon. Le 16 mars 2027, les terminaux 2E, 2F, 2G deviendront les terminaux 5, 6 et 7. Quant aux numéros de portes, elles changent également, ainsi que la numérotation des parkings. Mon cœur se serre alors, pensant au responsable des référentiels chez ADP, à qui je dédie cet article. Il s’apprête à passer quelques mois stressants. Des mois bien préparés, car ce changement n’interviendra que dix mois, mais dix mois c’est bien court pour un impact majeur sur l’ensemble des installations, des applications, des procédures et des personnels.

Des milliers d’applications informatiques

Évidemment ce qui vient à l’esprit en priorité ce sont les applications informatiques. Y a-t-il une seule application opérationnelle de l’aéroport qui n’inclut pas quelque part des numéros de terminaux et des numéros de portes ? J’en doute.

Chaque vol, chaque mouvement de matériel, chaque employé sont affectés à chaque instant à ce couple terminal/porte. Et ce sont des centaines, peut-être des milliers d’applications informatiques qu’il va falloir mettre à jour. Comment y sont stockées ces références ? Dans des tables propres à l’application, en dur dans le code, dans un référentiel partagé ? La dernière solution serait évidemment la plus facile à mettre à jour. Mais soyons réalistes, même si une gestion des données de référence (MDM) a été mise en place, une revue exhaustive du code de l’ensemble des applications semble indispensable. Et c’est sans compter sur les microapplications cachées, les feuilles Excel et autres documents directement créés par les utilisateurs.

Chez ADP mais également chez tous ses partenaires, compagnies aériennes, services de l’État, prestataires, clients, etc. Car ce couple terminal/porte permet à tous ces intervenants de se comprendre, et aux processus de s’exécuter au bon endroit. Il s’agit donc de coordonner la mise à jour de toutes les interfaces et API avec des dizaines de partenaires du monde entier, dans un écosystème qui ne dort jamais et fonctionne 24 h/24.

Une évolution coordonnée numérique et physique

L’évolution informatique est une chose, mais elle s’accompagne d’une évolution physique. Toute la signalétique dans l’aéroport doit être modifiée, ni trop tôt ni trop tard. J’imagine que des panneaux temporaires seront installés, indiquant les deux dénominations avant/après. J’imagine aussi qu’une fois les habitudes prises, une nouvelle version de l’affichage fera disparaitre les traces de CDG 2E, 2F et 2G. Des milliers de brochures à réimprimer, un peu partout dans le monde, des guides aux voyageurs à mettre à jour, les plans de l’aéroport présents dans les systèmes vidéo de tous les avions des principales compagnies atterrissant à CDG, l’impact physique de ce changement de référentiel est lui aussi colossal.

Des habitudes à modifier (pilotes, agents au sol…)

L’accompagnement du changement est sans doute la partie la plus longue. Pendant combien de mois, ou d’années, les pilotes qui viennent ponctuellement à CDG continueront-ils de parler du 2F et non du T6 ? Ce sont des milliers de « référentiels » présents dans les cerveaux et les habitudes des employés qui passent sur le site, qu’il faut faire évoluer. Et l’on sait combien les habitudes sont difficiles à changer. Ma grand-mère a parlé pendant toute sa vie en anciens francs, alors même que sa nouvelle version était arrivée fin 1958. C’est l’accompagnement humain qui permettra de réaliser cette transition le plus rapidement possible.

De l’importance d’un référentiel (où l’on parle d’ontologie et de MDM)

Évidemment, l’architecture de rêve existe… sur le papier. Une seule et unique table, disponible en temps réel pour toutes les applications, qui contient la liste des terminaux et les portes associées. Une fonction d’historisation intégrée permet de préciser que jusqu’au 15/03/2027 inclus, il est question du Terminal 2G, et que le 16/03/2027 il devient le Terminal 7. Avantage de cette historisation, les comparaisons restent possibles. Le référentiel utilisera l’ancienne dénomination pour les requêtes antérieures et la nouvelle à partir de la date fixée. Aucune modification du code des applications ni des appels aux données. On invoque l’API du référentiel, et il renvoie toujours la bonne valeur. Malheureusement, c’est un rêve ! Car il existe ce que l’on appelle une « dette ». Des applications (par dizaines ou par centaines), des progiciels, des développements cachés, qui ont recopié ou recréé leurs propres tables et ne sont donc connectés à aucun référentiel central. Si ces données étaient cataloguées… cela simplifierait un peu les choses, mais le catalogue, personne n’a jamais voulu faire l’effort de le créer et de le mettre à jour. On en paye chèrement le prix !

Une donnée de référence est une donnée partagée entre plusieurs applications, dont on peut vérifier la qualité, et dont le mode de fonctionnement est stable ; parfaite définition qui colle avec notre liste de terminaux et de portes. Les gérer nécessite une base centrale ; on l’appelle MDM (Master Data Management) ou… comme on veut. Mais elle est disponible à tout instant, en temps réel, interrogeable par toutes les applications. Et cette disponibilité permet d’imposer aux applications de ne pas recopier les données dans leurs propres tables.

Dérivée de l’ontologie d’entreprise, la gestion des données de référence est une discipline à acquérir. Mais lorsque des modifications d’importance surviennent, comme celles dont nous parlons aujourd’hui, les gains sont majeurs. D’ailleurs, qui a une idée du coût complet de mise à jour de cette liste des terminaux ?

Face à ce chantier, quelques questions existentielles restent en suspens :
- D’abord, j’aimerais connaitre la/les personnes en charge de ce projet. Pour les féliciter et leur apporter mon soutien pour les prochains mois. Bravo à vous… si tout se passe bien.
- Mais je me pose aussi une question… à quelle heure ? Car l’affiche du bus ne le précise pas… Est-ce le 15 mars à minuit que les numéros changeront miraculeusement ? J’ai un vol à 1 h du matin le 16 mars, dois-je m’enregistrer au Terminal 2E porte K, mais embarquer finalement au Terminal 5 portes-D ?
- Je vous avoue avoir indiqué la date dans mon agenda. Peut-être par superstition pour ne pas prendre un vol ce jour-là, mais je reconnais être également tenté de passer une journée à CDG2 pour vivre ce changement de l’intérieur.

Mauvaise nouvelle, le Terminal 2G restera toujours un cauchemar, avec son bus interminable pour rejoindre le cœur de Roissy. Qu’il s’appelle Terminal 7 n’y changera rien !




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